Clamart - "Pourquoi j'ai généralisé le Double Sens Cyclable"

Interview de 2010 du Maire de Clamart d'alors (Philippe Kaltenbach, PS) paru dans Vélocité, revue de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB). FARàVélo a ajouté deux images.

Deux communes des Hauts-de-Seine, Sceaux et Clamart, ont reçu le Guidon d’or 2010 pour avoir généralisé les doubles sens cyclables (DSC) à l’ensemble de leur voirie communale à sens unique. Toutes deux avaient, quelques années auparavant, mis en zone 30 la totalité de leur voirie.

Comme à Sceaux (lire cette fiche FUB), Clamart a fait des choix radicaux : une mise en place rapide, des aménagements et une signalisation minimum, mais une communication forte.

Philippe Kaltenbach, maire (PS) de Clamart, explique ces choix et sa conception d’une politique vélo.

Question : Qu’est-ce qui vous a poussé à généraliser les DSC, sans faire d’exception ?
Philippe Kaltenbach : Cela fait des années qu’on fait des doubles sens à Clamart. On a commencé en 2005, dans le quartier de la Plaine, et ces essais ont fonctionné sans difficultés. Le fait que d’autres pays aient déjà mis en place ce système a été déterminant : on n’est pas plus bêtes que les Belges… Puis est sorti le texte imposant de généraliser les doubles sens. On s’est alors dit qu’il valait mieux anticiper, et que le système ne serait pas crédible si l’on commençait à se dire : « Oui pour cette rue, non pour celle-là… » . Les DSC reposent sur l’idée que l’automobiliste doit faire attention. Autant qu’il n’ait pas à se poser la question de savoir s’il est dans une rue concernée.

Un DSC à Fontenay-aux-Roses: la rue André Neyt.

Je savais que ce serait facile. Et je ne suis pas inquiet. Il n’y a pas eu d’accident, même bénin. Si c’était le cas, je le saurais car on m’aurait accusé d’être responsable ! Bien sûr, on ne sait jamais…. Le risque zéro n’existera pas tant que les voitures ne respecteront pas la règle. Mais les zones 30 aménagées dans toute la ville, avec des chicanes, des ralentisseurs et des rétrécissements, contribuent à ralentir la circulation.

C’est un travail dans la durée. Les DSC sont l’aboutissement des actions menées pour modérer les vitesses et encourager le vélo.

La ville a également fait un choix radical pour les aménagements et la signalisation. C’était votre position ?
Le seul débat était de savoir si on faisait en deux temps ou tout d’un coup, comme je le souhaitais. D’ailleurs, dans la tête des gens, ça s’est fait d’un coup… S’il avait fallu regarder les aménagements et la signalisation rue par rue, cela aurait été plus lourd et plus long. Des panneaux, on peut toujours en mettre plus. Mais cela n’empêchera pas les automobilistes de tirer la tête ! La vraie communication, c’est le fait que les voitures se retrouvent face à face avec des vélos…

Les usagers demandent un renforcement du marquage au sol et de la signalisation, aux intersections et dans les virages. Que répondez-vous ?
Si on me démontre de façon argumentée qu’il y a des points délicats, oui. Mais il n’est pas question de faire de marquage systématique. Les aménagements pour casser la vitesse sont beaucoup plus utiles. D’ailleurs, ce qu’on nous reproche plutôt, c’est le fait de en pas pouvoir se croiser dans les rues étroites. L’automobiliste n’aime pas être surpris.

Paris procède autrement, mais on ne peut pas comparer Clamart et Paris ! Globalement, les zones 30 ici sont en secteur pavillonnaire, avec un faible trafic de desserte locale.

Je le répète : si vous avez des zones 30 bien « serrées » et une bonne communication sur les DSC, le risque est très très réduit. D’autant que le vélo se développe auprès d’un public qui fait attention, dans son comportement.

La ville a beaucoup communiqué, avec la Une du journal municipal et de nombreux tracts. Les usagers demandent aussi des panneaux aux entrées de ville. Vous y êtes favorable ?
Cela, oui, il faut le faire. De même qu’il faudra que le journal municipal revienne sur le sujet.

La généralisation des DSC a-t-elle un impact sur la pratique du vélo ?
Elle facilite déjà la vie des cyclistes actuels. Sinon, j’observe qu’il y a de plus en plus de gens à vélo, mais c’est difficile à évaluer. De même qu’il est malaisé de mesurer l’impact de telle ou telle mesure. Chaque avancée contribue à la dynamique.


Les DSC réduit les risques, car le cycliste peut éviter le détour par les grands axes,
et rend la circulation plus fluïde.

Que comptez-vous faire pour encourager cette dynamique ?
Le principal frein à la pratique, aujourd’hui, c’est la non-sécurité sur les axes importants. Il faut donc développer les pistes cyclables sur ces axes, mais il s’agit de la voirie départementale. Il faut aussi développer le stationnement, avec des arceaux ou des parcs sécurisés. C’est en cours avec le Conseil Général, mais ce n’est pas facile non plus… Nous allons par ailleurs mettre des vélos à assistance électrique (VAE) à la disposition du personnel communal.

Je crois beaucoup au VAE. Mais cela pose un problème de coût : 1.000 euros, c’est dur ! Je suis pour les vélos bas de gamme, car le vélo ne doit pas être perçu comme réservé à une élite. L’important, c’est de commencer ; après, on passe à du meilleur matériel. Quand j’ai commencé à faire du vélo, c’était sur un vieux Decathlon…

Vous pratiquez régulièrement ?Je m’y suis mis il y a 2 ou 3 ans. S’il fait beau, je prends mon vélo pour me déplacer dans le centre. Parce que c’est pratique : 1 km à pied, c’est 7 à 8 minutes ; à vélo seulement 2 minutes. Mais je n’ai pas le mollet assez solide pour aller dans le Haut Clamart.

C’est sûr que quand on a circulé à vélo dans les doubles sens cyclables à l’étranger, en Belgique par exemple, on appréhende la réalité et pas seulement le discours. Et la réalité, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être un grand sportif pour circuler sans difficulté.

Le premier frein à la pratique, c’est cette crainte de ne pas y arriver physiquement. Il faut donc faire en sorte que les gens essaient. C’est en essayant qu’on voit que c’est facile, pas dangereux, pas cher, pratique et rapide.

Propos recueillis par Hélène Giraud

Lisez aussi:
http://transports.blog.lemonde.fr/2012/03/25/les-double-sens-cyclables-sont-innocents/

http://voiriepourtous.cerema.fr/IMG/pdf/08-UVPT-IDF2012_bilan_DSC_ville_de_Paris_cle7f7181.pdf
(Conclusion diapo 19: "Le nombre d'accidents reste faible, les chocs frontaux tant redoutés n'ont pas eu lieu).
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ANNEXE - FICHE TECHNIQUE


1) L'histoire des doubles sens cyclables à Clamart

  • 2005 : premiers DSC, avec des aménagements lourds qui s’allègent au fil des années. 
  • 2007 : l’ensemble de la voirie communale est mise en zone 30
  • 2008 : généralisation des DSC à l’échelle d’un petit quartier. Pas de réaction. 
  • 2008 : parution du décret « code de la rue » : les DSC deviennent la règle dans les rues à sens uniques en zones 30 et zones de rencontre. Les villes doivent se mettre en conformité avant le 1er juillet 2010.
  • Printemps 2009 : l’association « les Dérailleurs de Clamart » se mobilise pour les DSC
  • Eté 2009 : la ville décide de généraliser les DSC à toute la voirie communale
  • 6 avril 2010: généralisation des DSC dans le bas Clamart
  • 6 mai 2010 : généralisation des DSC dans le haut Clamart
Coût de l’opération :11.000 euros HT.

2) Clamart en bref
  • un peu plus de 50.000 habitants, Hauts-de-Seine
  • située à 3 km au sud-ouest de Paris
  • un territoire très étendu : 858 ha dont 27% d’espaces boisés. La ville comprend deux parties séparées par un bois et un fort dénivelé : le bas Clamart, proche de Paris, plutôt pavillonnaire, et le haut Clamart, où l’on trouve notamment la « cité de la Plaine », grand ensemble d’après guerre à l’architecture remarquable.
  • un territoire en pente : selon l’itinéraire qu’il emprunte, le cycliste venant de Paris monte plus ou moins doucement sur les hauteurs de la vallée de la Seine. Lorsqu’il arrive à Clamart, près de la gare, l’altitude est de 63 mètres. 6 km plus loin, au sud, elle atteint 174 mètres. 
3) 30 km de DSC
  • La ville compte 101 km de voirie, dont 73 km de voirie communale, 19 km de voirie départementale et 9 km de voirie privée.
  • Sur la voirie communale, 30 km sont à sens unique.









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