5 actions pour faire de la rue Boucicaut une vraie zone de rencontre

Par: Stein van Oosteren

Une manière forte de dynamiser une rue et y développer la vie et le commerce, consiste à en faire une « zone de rencontre ». La mairie de Fontenay-aux-Roses vient de tenter l'expérience dans la rue Boucicaut, l'axe commerçant principal de la ville, en y posant deux panneaux. Est-ce que cette opération pourra redynamiser cette rue commerçante ?

Selon les préconisations du Cerema (le centre d'étude de l'Etat pour ce type de question), il faudra aller plus loin. Car une zone de rencontre est une zone fortement apaisée où le piéton peut circuler et est prioritaire absolument partout. Il n'y a pas de passages piéton, car le piéton est encouragé à circuler partout justement. L'objectif de cette zone est de provoquer la rencontre entre les piétons et les voitures, qui incite les automobilistes à ralentir naturellement.

Il est évident que pour transformer la rue Boucicaut actuelle en une zone de rencontre apaisée et conviviale, il faudra plus que ces deux panneaux « entrée » et « sortie » (photos: Michèle Vidal):

Le début de la zone de rencontre devant le magasin La Vie Claire.

La fin de la zone de rencontre au carrefour "La Cavée".

Voici les 5 mesures que le Cerema préconise pour apaiser réellement la rue Boucicaut, afin d'y faire émerger la vie et un dynamisme commercial.

1) Supprimer le transit
Une zone de rencontre n'est pas une zone de fort transit motorisée mais une zone où le piéton est roi. Une zone de rencontre qui fonctionne, est dédié à la « vie locale » à 80% contre 20% au trafic motorisé. La rue Boucicaut actuelle correspond exactement à l'inverse: elle accueille un trafic motorisé dense, qui devrait passer via la départementale juste à côté (rue des Pierrelais). Résultat: un « tuyau à voitures » souvent encombré, bruyant et pollué où le piéton n'ose pas s'aventurer, sauf éventuellement sur les quelques passages piéton. Pour délester la rue Boucicaut du transit motorisé, qui n'apporte pas de clients mais au contraire des nuisances, il faudrait dévier le transit via les départementales prévues pour le transit.



L'équilibre trafic/vie pour une zone de rencontre (rue Boucicaut) et pour une route départementale (rue des Pierrelais).

2) « Les entrées [de la zone de rencontre] doivent être marquées par des aménagements appropriés pour avoir un ensemble cohérent qui incite à ralentir et à laisser la priorité aux piétons »
Cette démarche a été accomplie depuis la création d'un plateau surélevée devant la mairie. 


3) La zone de rencontre est « une chaussée qui «s’efface» avec un changement de matériaux et un contraste visuel pour que les usagers motorisés perçoivent que l’espace n’est plus une chaussée destinée à l’écoulement du trafic, mais un espace à partager avec les autres usagers. »
Malgré les efforts de la mairie visibles sur cette photo promotionnelle, la rue Boucicaut n'est pas une chaussée qui « s'efface ». Elle se présente au contraire clairement comme un « tuyau motorisé », bien droit, bien séparé des piétons. Au lieu d'inciter à la rencontre entre piéton et voiture, elle les sépare pour encourager la vitesse.


L'image utilisée par la mairie pour mettre en valeur la rue Boucicaut.

Voici la rue Boucicaut en pratique, une zone très motorisée où le piéton est à peine toléré :


Pour inviter le piéton à prendre possession de l'espace, il est crucial de créer un lieu accueillant et de diminuer le stationnement automobile. Dans son état actuel, la rue Boucicaut est typiquement une rue AVANT sa transformation en zone de rencontre:

La même rue avant et après transformation en zone de rencontre.


4) Apaiser la rue moyennant « des aménagements de modération de la vitesse (coussins, plateaux, ralentisseurs, carrefours surélevés, rétrécissement de la bande de roulement, chicanes, changements de perspectives, etc.) ».
Aucun aménagement n'incite actuellement les automobilistes à ralentir entre la mairie et la Cavée. Par conséquent on y observe parfois des accélérations impressionnantes, surtout en soirée. Toutefois dès que cet espace de qualité est piétonnisé, comme sur cette photo après la brocante annuelle, les piétons s'approprient naturellement l'espace.

Dès que la rue Boucicaut est délestée du trafic et du stationnement motorisés, les piétons viennent!

5) « Il pourrait être tentant de profiter de l’espace public dégagé de la circulation motorisée pour multiplier les autorisations d’occupation de cet espace notamment pour les commerces (terrasses de café, étalages, panneaux publicitaires, …) » 

La rue Boucicaut est au contraire fortement encombrée par des véhicules roulants et garés. La seule terrasse qu'elle compte est cachée à la vue par des voitures garées. En plus, le client y est assis avec sa bouche et son nez à 1,50 m. des pots d'échappement.

Qui devine une terrasse cachée derrière les voitures?


Pour avoir une vraie zone de rencontre capable de dynamiser la vie et le commerce dans la rue Boucicaut, le Cerema préconise des terrasses visibles. Car le stationnement automobile fonctionne comme un écran visuel qui tue la rencontre et l'aspect convivial des lieux.

En bref, pour faire venir la vie dans une rue, la rue doit être aménagée pour les humains et non pas pour leurs automobiles.


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