Parisiens: tentez la véloscénie!

Par: Stein van Oosteren

Pas besoin de prendre l'avion pour faire un voyage inoubliable. Enfourchez votre vélo, et les plus beaux paysages de France s'offrent à vous. Je l'ai testé pour vous : j'habite en région parisienne et j'ai pris mon vélo pour rouler jusqu'au Mont Saint-Michel en 6 jours (450 km). J'ai suivi la "véloscénie": un itinéraire vélo balisé qui relie Notre-Dame de Paris au Mont Saint-Michel. Expérience super sympa à renouveler. Voici mon récit sur twitter (ici) et quelques observations.

Le trajet de Paris au Mont Saint-Michel.


Compagnie
Trouvez-vous un(e) ami(e) pour partager le voyage. J'ai trouvé Guillaume Duchêne, le président de l'association vélo les Dérailleurs de Clamart. Une crême de compagnon de voyage. Il m'a trouvé les meilleurs gâteaux pour résoudre instantanément mes crises d’hypoglycémie vers 14h sur des pentes interminables. Je le recommande vivement :-). 


De droite à gauche: Florian Debray (un photographe rencontré sur le chemin), Guillaume Duchêne, moi-même.

Budget
250,33 euros ont suffi pour équiper mon vélo hollandais des trois sacoches et le bidon nécessaires. Maintenant je peux aller partout en France pour les vingt années à venir car j'ai investi dans une bonne marque (Ortlieb). Ensuite, nous avons dépensé 300€ par personne pour nous héberger et pour les repas. Un prix d'ami pour une expérience d'amitié très jolie et agréable.

Mon vélo avec deux sacoches à l'arrière et une petite sur le guidon.


Camping
J'ai découvert que je n'aime pas beaucoup dormir sous la tente car c'est un peu trop inconfortable pour moi: potentiellement humide, lit inconfortable, manque de place, sanitaires pas très propres, etc. Bien sûr j'aurais pu m'équiper d'un matelas gonflable dernier cri, une tente magique qui se déplie automatiquement, une chaise pliante ultra-légère, etc. Mais je préfère trouver tout ça chez des habitants locaux qui veulent bien nous recevoir dans leur chambre d'hôte.

Chouette rencontre au camping avec Adeline Barnault, libraire nomade en région parisienne.


Chambre d'hôte
Rien de tel qu'une conversation avec les propriétaires d'une chambre d'hôte pour vous plonger dans l'histoire et l'âme d'une région. Je garde un souvenir savoureux de nos hôtes à Alençon. Ils nous ont fait revivre leur vie de commerçants en centre-ville depuis les années 70 et l'émergence des gilets jaunes. Vous ne voulez pas rater ça, ni leur confiture faite maison!

La bassine de cuivre dans laquelle notre hôte à Alençon préparait notre confiture...


Repas
Notre alimentation était de luxe: deux repas sur le pouce, et le reste du temps au restaurant. Un choix plaisir: au lieu de visiter des musées (pas le temps, car 80 km/jour en moyenne) nous "visitions" les spécialités gastronomiques locales. Je ne travaille pas toute l'année pour me faire des sandwich sur le trottoir d'une supérette :-).

Pluie
Il a plu deux demi-journées, dont une fois vraiment très fort. Un moment détestable. Mais cette épreuve devient supportable si vous laissez suffisamment de flexibilité dans votre programme. Arrêtez-vous si la pluie vous agace trop. Visitez un musée, lisez un livre, jouez un jeu. Cela nécessite que vous réserviez votre hébergement le jour même. Une flexibilité moins facile à gérer avec des enfants bien sûr, bien que nous ayons vu des familles avec des enfants épanouis par le voyage.

Guillaume: élégant même sous la pluie :-).


Balisage
Jusqu'à Nogent-le-Rotrou, juste après Chartres, le trajet est mal balisé. Même notre guide ne suffisait pas: il faut un gps pour s'orienter (et donc aussi une batterie chargée :-)). Ensuite le balisage était presque parfait, ce qui a permis de pédaler sereinement sans avoir peur d'aller dans la mauvaise direction.

Sécurité
Avant Nogent-le-Rotrou, les cyclistes sont trop souvent mélangés avec les voitures. J'en avais assez de voir le fameux panneau "partageons la route", qui dit en réalité "on ne fait rien pour la sécurité des cyclistes ici, débrouillez-vous avec les voitures". Nous étions frôlés par des voitures roulant à 80 km/h voire plus, une situation que je trouve totalement inacceptable sur un itinéraire touristique national. Néanmoins certains maires donnent le bon exemple en réduisant la vitesse maximale à 30 km/h même hors agglomération. Un exemple à suivre.

Le moment où le cycliste redevient du "petit gibier": il peut être frôlé à 80 voire 90 km/h par des véhicules pesant plus d'une tonne!

"Ici on ne fait rien pour la sécurité des cyclistes, débrouillez-vous ensemble".



Itinéraire
Les moments forts étaient chaque arrivée dans le village en passant devant le clocher. Une grande partie de l'itinéraire sont des anciennes lignes ferroviaires converties en voie verte, un chemin piéton/vélo de 3m. de largeur minimum. Avantages: un chemin plat, séparé des voitures et à l'abri du vent! Désavantage: un peu ennuyeux au bout d'un moment.

De longues chemins droits où passait le train jadis.

Mont Saint-Michel
Un moment magique: lorsque vous apercevez pour la première fois le Mont Saint-Michel au loin. Au lieu d'y aller tout droit via la départementale (9 km), la véloscénie vous promène à travers les villages aux alentours. Un détour un peu contre-intuitif, mais qui en vaut la peine car il y a peu de voitures, les paysages sont agréables et ça change des longues lignes droites.

Perdus dans les champs.


L'arrivée
L'arrivée au Mont Saint-Michel est étonnante: le pont-passerelle est interdit aux vélos! En revanche un flot ininterrompu de grandes navettes bruyantes et polluantes perturbe ce site protégé par l'UNESCO. Une drôle de façon de montrer aux visiteurs du monde entier à quel point la France est sensible à la protection de l'environnement...

Le Mont Saint-Michel vu depuis le pont-passerelle.

Conclusion
J'étais vraiment heureux comme un poussin chaque matin en sautant sur mon vélo, brûlant d'envie de donner les premiers coups de pédale. Ce beau voyage m'a permis de mieux connaître et apprécier la France, ses paysages splendides, son histoire et ses habitants, sa profonde ruralité, mais surtout mon ami Guillaume et moi-même. Impossible de décrire ce qui s'est passé et ce qui s'est construit pendant ces 80 heures que nous avons pédalées...


...à lire le ciel pour échapper à la pluie
...à chanter Brel pour vaincre les longues montées méchantes
...à se moquer gentiment de l'autre pour vivre au rythme du rire
...à se rappeler l'exquis plaisir d'un petit-déjeuner la veille
...à se dévoiler et à se découvrir un peu plus à chaque rotation du pédalier
...à utiliser son vélo pour aller au bout du monde ensemble.

Le voyage à vélo? Nous sommes adeptes!

 
Guillaume et moi en partant de Fontenay-aux-Roses.






Commentaires

  1. Merci pour ce résumé qui incite à partir sur les routes.
    D'ailleurs, je referais bien ce "Voyage fantastique en bicyclette de Paris à Lannemezan" de 2016 que fit Alcide Bouzigues en été 1891.

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  2. Ah merci Stein. C'est pas forcément facile d'écrire un récit de voyage à vélo original. Celui-ci se lit d'une traite !

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  3. Bonjour Stein, merci pour ce récit très sympathique relatant votre voyage sur La Véloscénie. Je suis Emma en charge de la coordination de La Véloscénie. Nous nous étions rencontrés en mai dernier, lors d'un voyage que j'avais organisé pour sensibiliser les élus le long du parcours. Nous avions parcouru l'étape Sceaux-Paris avec Christophe Najdovski et Patrice Pattée notamment. N'hésitez pas à m'écrire pour me transmettre tous les conseils et détails qui vous semblent utiles à l'amélioration de La Véloscénie !

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