Juliette, 18 ans, vélotaffe 33 km/jour

Juliette nous raconte l’expérience de son "vélotaf" quotidien entre Le Plessis Robinson (92) et Buc (78), où elle rallie à vélo musculaire les deux villes matin et soir pour aller à son stage ouvrier de mi-janvier à mi-février, sur une distance de 33 km par jour.

Parles-nous de toi, pourquoi ce stage et pourquoi si loin, et pourquoi as-tu choisi le vélo comme mode de transport ?

Pendant ma première année d’étude d’ingénieur, je devais faire un mois de stage dans un milieu industriel. Comme il y a très peu d’offres de “stage ouvrier”, et souvent les usines se trouvent en très grandes banlieue parisienne, j’ai finalement accepté l’offre la plus proche, qui est dans une petite usine située dans la zone industrielle de Buc, près de Versailles.

Pour aller à mon entretien d’embauche, j’ai co-vélotaffé avec Simon, un jeune adhérent de FARàVélo qui se rend quotidiennement à son lycée de Buc à vélo. J’ai alors été séduite par la tranquillité de son chemin. C’est ce qui m’a décidé d’y aller à vélo.

Si je prenais les transports pour m’y rendre, je devais compter au moins 1h30 avec plusieurs correspondances entre tram, train et bus. Sans parler d’un budget conséquent d’une centaine d’euros (4 forfaits Navigo hebdomadaires, car mon stage n’est pas sur un mois calendaire).

Et qu’en pense ton entourage, tes collègues, tes amis, tes parents ?

Il faut bien préciser que mes parents sont pro-vélo. Ils étaient donc bien sûr très contents que je fasse ce trajet quotidiennement, c’était pour eux une preuve qu’il est possible de tout faire à vélo. Ils ont quand même regardé pour moi les différentes alternatives en transport en commun au cas où je “craque”.

Pour mes collègues, ils étaient mitigés sur la question. Certains étaient vraiment impressionnés par mon “courage” et me félicitaient presque tous les matins. D’autres étaient plus sceptiques et me prenaient peut-être un peu pour une “radicale”.

Du côté de mes amis, ils faisaient tous preuve d’incompréhension totale, le vélo en plein hiver étant pour eux une simple folie.

Et la neige, la pluie, le froid, comment as-tu géré tout cela ?

Il est vrai que je n’ai pas eu de chance côté météo parce qu’il a neigé pendant la deuxième quinzaine de janvier, juste quand je commençais mon stage. J’ai donc ressorti mon VTT.

Le réel problème a été la neige verglacée, au lendemain des jours de neige. Comme les voies vertes et pistes cyclables que je prenais d’habitude n’étaient pas déneigées, j’ai donc dû rouler directement sur les départementales qui longeaient mon chemin, et je dois avouer que ça n’a pas été une partie de plaisir. Je n’ai jamais eu froid parce que j’étais très bien équipée (plusieurs couches de pulls, un gilet coupe-vent, deux écharpes, des surgants, etc…)

Heureusement, je n’ai quasiment jamais eu de pluie...

Matin et soir jours de neige... Les voies vertes non déneigées, ça passe toujours, quitte à finir à pied.


Choses positives et négatives de cette expérience ?Comme on le devine assez facilement dans mon récit, le gros point négatif aura été la neige. C’est là qu’on se rend compte que les infrastructures cyclables sont présentes, mais ne sont pas entretenues comme pour les routes.

A part cela, je ne regrette rien. Premièrement, le paysage était tout simplement magique, je longeais tous les jours des champs avec des chevaux, illuminés par des éclairages à couper le souffle du lever de soleil à l’aller et du coucher de soleil au retour. Je pouvais rouler à mon rythme hors du trafic automobile, c’était un bonheur, j’avais l’impression d’être en voyage tous les jours... En transport en commun ou en voiture, je n’aurai pas vu tout cela.


Sur ma route, matin et soir...



En plus, c’est la première fois que je me sentais tellement en forme en plein hiver et j’étais l’une des seules à ne pas avoir été malade à l’usine (coïncidence ? je ne pense pas !). On peut dire que ce trajet de vélotaf m’a revigoré. Cela va me manquer….

Quel message adresses-tu aux autre jeunes ?

Je pense qu’il ne faut pas oublier que le vélo reste une option de moyen de transport. Je le vois bien chez mes amis, beaucoup ne l’envisagent même pas comme une possibilité pour se déplacer, mais seulement comme un loisir. Je les vois mettre une heure de transport en commun pour faire 10 km, j’ai mal pour eux (mais eux aussi doivent penser la même chose de moi)... Dans mon cas, si je n’avais pas eu l’idée de prendre le vélo, cela aurait été une période très compliquée pour moi. Je l’aurais peut-être très mal vécu à cause du temps de transports, cela m’aurait beaucoup fatigué. Mais grâce au vélo, j’étais vraiment performante au travail et j’ai même eu une prime de gratification de stage et plein de compliments.

Après ce stage de vélotaf, je me sens plus forte et positive. Je suis contente de moi et cela me donne confiance de savoir que j’arrive à traverser toutes les difficultés...

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